J’ai participé à la quatrième édition de l’Étoile Normande, qui s’est déroulée du samedi 23 au dimanche 31 mai 2026.
C’est un événement qui a une particularité : on peut s’engager sur des distances allant de 97 kilomètres jusqu’à 2 222 kilomètres, sous forme de boucles.

Il y a une base de vie située à la base nautique de Poses, où l’on revient à chaque boucle pour pointer, se reposer, manger, etc.
Une fois inscrit, chacun peut s’engager sur un BRM. Moi, je me suis engagé sur un BRM 600. L’idée, ici, c’est de raconter un peu comment ça s’est passé.
2026, l’année qui précède le Paris Brest Paris
Un peu de contexte avant.
Si vous êtes amateur de longue distance ou d’ultra, vous savez que l’année prochaine a lieu le Paris-Brest-Paris. Cette année est donc importante, puisque c’est celle qui précède le PBP.
L’idée, c’est que plus vous validez un BRM avec une distance importante, plus vous serez prioritaire dans l’ordre d’inscription et sur le choix de l’horaire de départ.
Et ça a un impact assez important, puisque selon l’horaire choisi, on va rouler avec plus ou moins une nuit supplémentaire. Or, on sait que les conditions de nuit sont plus difficiles.
Il y a donc un vrai intérêt à s’inscrire le plus tôt possible pour avoir accès aux meilleurs créneaux de départ.
Préparation du BRM 600 et épreuves précédentes effectuées
Avant de participer à ce BRM 600, j’avais déjà validé depuis le début de l’année deux BRM 200 ainsi qu’un BRM 400.
L’idée, cette fois, c’était de me challenger sur une distance encore plus longue. Notamment parce qu’à la fin du BRM 400, je m’étais dit : « Bon, je me sens encore plutôt en forme, j’aurais peut-être pu refaire 200 kilomètres. »
Au final, je me suis donc demandé si un BRM 600 était réellement si difficile que ça, surtout que j’avais roulé à une allure plutôt convenable et que je me sentais encore bien physiquement.
Je voulais donc voir ce que ça donnerait en termes de gestion de l’effort, de nutrition, de sommeil, etc.
Mon vélo et mon équipement

Côté matériel, j’ai roulé sur mon Ritchey Outback, mon gravel en acier que j’utilise principalement pour la longue distance.
C’est un vélo que je trouve extrêmement confortable et qui correspond parfaitement à mon style de pilotage. Il est monté avec un groupe Shimano GRX en 2×12, qui, honnêtement, passe partout.
J’ai une cassette suffisamment grande pour monter les bosses sans avoir à forcer excessivement, ce qui est un vrai avantage sur ce type d’épreuve.
Globalement, c’est un vélo qui me convient vraiment bien. Et surtout, il a l’avantage de pouvoir être chargé sans trop se poser de questions.
Comme il y a une base de vie où l’on peut laisser du matériel — notamment de quoi dormir et des vêtements de rechange — je suis finalement parti assez léger.
J’avais simplement :
- un sac d’hydratation Restrap avec de la nourriture et le nécessaire pour rouler ;
- une sacoche de top tube Restrap Race, principalement dédiée à la nutrition ;
- et une sacoche de cadre Restrap Race elle aussi, dans laquelle je mettais tout le matériel de réparation ainsi que mes chargeurs, câbles, éclairages etc.
Et niveau éclairage :


- Lampe avant MagicShine Hori 1300
- Frontale Stoots Opalo 3 (dont je vais vous reparler prochainement dans un article dédié)
- Lampe arrière Stoots Misti 3 (fixe rouge)
- Radar Garmin
Comme je roule en chambre à air, j’avais pris des chambres TPU en cas de crevaison, ainsi qu’un multi-tool et tout l’essentiel pour réparer au bord de la route.
Au final, j’étais beaucoup moins chargé que sur le BRM 400. Sur cette épreuve-là, on avait roulé de nuit avec des températures qui étaient descendues jusqu’à zéro degré.
On était partis avec environ 18 degrés en journée, donc j’avais dû prévoir tout l’équipement nécessaire pour rouler dans des conditions très fraîches : veste, vêtements de rechange, cuissard long, doudoune au cas où, etc. Ma sacoche de selle était quasiment pleine.
Le jour J
Pour moi, le BRM 600 a commencé le samedi matin, avec un départ prévu à 9 heures.
Au total, il y avait un peu plus d’une centaine de participants, mais tout le monde ne partait pas sur la même boucle puisque chacun était engagé sur des distances différentes. Sur le BRM 600, on était un peu plus d’une dizaine à partir ensemble.
Comme l’événement n’est pas très loin de chez moi, je m’étais réveillé vers 5 heures pour arriver sur place vers 7h30, histoire d’avoir de la marge. L’idée, c’était de pouvoir gérer un éventuel problème de dernière minute, peaufiner mon setup et retrouver les copains qui participaient aussi.

J’étais à la fois super excité et un peu inquiet, parce que la semaine avait été marquée par une grosse canicule, avec des températures comprises entre 30 et plus de 33 degrés. Et surtout, la chaleur commençait très tôt le matin.
J’étais donc assez préoccupé par ce qui nous attendait, parce que la déshydratation à vélo peut devenir vraiment dangereuse.
J’étais impatient de commencer, mais clairement un peu stressé.
9h, départ pour la première boucle sous la chaleur en valée de Chevreuse
Le départ est donc donné à 9 heures le samedi matin. On part en petit groupe, une dizaine environ, à allure plutôt tranquille sur une voie verte.

La première boucle nous emmène dans la vallée de Chevreuse, en région parisienne, du côté des Yvelines. Ce qui est agréable, c’est qu’une bonne partie du parcours est ombragée lorsqu’on roule sur la voie verte. Il fait bon, les conditions sont vraiment agréables.

Petit à petit, le groupe commence à s’étirer et on se retrouve finalement à rouler plutôt à cinq ou six.
Vers 11h45, on fait une première pause déjeuner. En réalité, c’est surtout une pause stratégique : on sait qu’on va traverser beaucoup de routes de campagne et de petits villages, et qu’on ne retrouvera probablement pas de boulangerie ou de supermarché avant un moment, d’autant plus que beaucoup de commerces ferment sont fermés dans l’apres midi.
Pendant qu’on mange, on voit une partie du groupe passer devant nous, on ne va jamais les revoir. On se retrouve alors à cinq à faire la pause ensemble.
Les kilomètres défilent et, plus le temps passe, plus il fait chaud. Plus de 32 degrés.
Les arrêts dans les cimetières deviennent de plus en plus fréquents. Au début, on se contente de se mouiller un peu la nuque et de remplir les bidons pour avoir de l’eau fraîche.
Puis, petit à petit, on commence à se verser de l’eau sur la tête, sur les bras… jusqu’à presque se vider des seaux d’eau dessus tellement la chaleur devient difficile à supporter. Physiquement, c’est dur. La peau est brulante, les encas dans mon sacs ont fondu, l’eau du bidon est chaude…

Les conditions sont vraiment compliquées. On traverse des zones très exposées, en plaine, avec quasiment aucun endroit pour s’abriter, ni aucun vent.
On commence donc à être un peu dans le dur, non pas à cause de l’effort physique, mais surtout parce que la chaleur devient de plus en plus difficile à encaisser.
Au final, on finit par s’arrêter dans quasiment tous les cimetières que l’on croise pour profiter des points d’eau et essayer de se rafraîchir un peu.
Le groupe se réduit encore un peu. On passe de cinq, six à quatre, puis à trois, pour au final que je finisse les 15 derniers kilomètres tout seul, parce que dans une bosse, j’ai j’ai perdu mes camarades, mais je sais très bien que de toute façon, vu que je vais finir ma première boucle et me m’arrêter pour dîner rapidement à la base de vie, que je les retrouverai probablement sur place.
La nuit et la gestion du sommeil
Une fois de retour à la base de vie, je retrouve les quelques copains avec qui j’avais roulé plus tôt. On se met d’accord pour repartir ensemble à 21 heures sur une boucle de 110 kilomètres.

Le parcours nous emmène vers Lyons-la-Forêt, puis vers Les Andelys, avant de revenir à Poses. C’est une boucle qui n’est pas particulièrement compliquée, puisque l’essentiel du dénivelé se situe au départ. Ensuite, le parcours devient plutôt roulant.
On repart donc tranquillement, à une allure autour des 25-26 km/h de moyenne.
La nuit tombe, mais il fait encore relativement chaud. Les sensations sont assez étranges : dès qu’on traverse des zones en plaine, il fait encore bon et on a rapidement chaud. À l’inverse, dès qu’on passe dans des portions en forêt, la température chute immédiatement et on se met à avoir froid. C’est assez difficile de savoir comment s’habiller.

Au final, on roule tranquillement toute la nuit et on revient à la base de vie aux alentours de 2 heures du matin.
Lorsqu’on arrive à la base de vie, on se met d’accord pour repartir quelques heures plus tard, à 5 heures du matin. Il nous reste encore une troisième boucle de 255km à faire pour valider les 600 kilomètres.
Il est alors environ 2 heures du matin. Je mange un peu, je prends une douche (quel bonheur), puis je vais m’allonger dans ma voiture pour essayer de dormir un peu.
Mais avec l’excitation, c’est compliqué de vraiment trouver le sommeil. J’ai l’impression de fermer les yeux quelques minutes seulement avant que le réveil sonne déjà à 4h45.
À ce moment-là, je suis encore complètement en mode automatique. Je ne réfléchis pas vraiment : je me change, j’enfile ma tenue de vélo et je retourne à la base de vie pour rejoindre les copains, qui sont déjà levés et quasiment prêts à repartir.
La dernière boucle pour valider le BRM 600, direction Honfleur

Je pars donc avec les trois cyclistes avec qui j’avais prévu de rouler. Une autre personne s’est greffée au groupe au dernier moment.
Au moment du départ, il y a une petite incompréhension. Je dis que je vais chercher quelque chose dans ma voiture, mais soit on ne m’entend pas, soit ce n’est pas bien compris. Quand je reviens, il n’y a plus personne.

Je pense d’abord qu’ils sont encore à la base de vie, puis je me dis qu’ils viennent peut-être juste de partir. Je roule un peu vers la sortie, mais il fait encore nuit et je ne vois aucune lumière au loin. Je retourne donc à la base de vie, où l’on m’explique qu’ils sont bien partis et qu’ils pensaient que j’étais déjà devant.
Je comprends alors que le groupe a pris de l’avance et que j’ai probablement perdu une dizaine de minutes. Surtout, eux pensent que je suis devant, donc ils accélèrent aussi de leur côté.
Je pars donc seul et j’essaie de rouler assez vite pour les rattraper. Il faudra finalement presque 80 kilomètres et un arrêt boulangerie pour que je les retrouve enfin.
En arrivant, je vois trois vélos posés devant la vitrine et je me dis immédiatement : « Ça y est, je les ai retrouvés. »
Eux m’expliquent qu’ils pensaient vraiment que j’étais devant et qu’ils avaient accéléré pour essayer de me rejoindre.
De mon côté, je suis surtout rassuré, parce que psychologiquement je sais que la journée va être difficile. On part en direction d’Honfleur, avec pas mal de relief, donc je suis content de ne finalement pas faire cette journée seul.

On repart donc ensemble et on roule tranquillement jusqu’à Honfleur.
Comme la veille, il commence rapidement à faire très chaud. La fatigue commence aussi à se faire sentir. De mon côté, j’ai de plus en plus de douleurs au niveau de la selle et j’ai du mal à supporter le cuissard. Je sens clairement que je commence à être dans le dur.
Et, comme la veille, chaque cimetière devient quasiment un arrêt obligatoire pour remplir les bidons et se rafraîchir.

On avance difficilement, mais on avance.
À un moment, on perd Thierry, qui commence un peu à coincer dans les côtes lorsque l’on accélère pour essayer de rentrer pas trop tard. Finalement, il suffira d’un arrêt boulangerie et d’une pause de quinze minutes pour qu’il nous retrouve et qu’on puisse refaire un bout de chemin ensemble.
Au final, on arrive quasiment tous ensemble aux alentours de 17 heures. Le BRM est donc officiellement validé en environ 31 heures, avec une moyenne de 25,3 km/h.
Je ne suis clairement pas mécontent du résultat.
Ce que je retiens de ce BRM 600

Ce que je retiens avant tout, c’est qu’on a participé à un événement avec une organisation vraiment aux petits soins.
À l’arrivée, chaque participant recevait une bouteille de jus de pomme local, un trophée en bois super sympa ainsi qu’une gapette personnalisée avec son numéro de dossard.
Sur place, les organisateurs étaient toujours disponibles pour discuter avec nous, avec beaucoup de bienveillance et de sympathie. Même chose pour les ravitaillements, qui étaient vraiment excellents : autant de sucré que de salé, du fromage, des rillettes… Bref, c’était un très bel événement et ça mérite vraiment d’être souligné.
Plus personnellement, je suis surtout très satisfait d’avoir réussi à aller au bout de ces 600 kilomètres, notamment dans des conditions aussi difficiles.
Avec le recul, j’ai appris qu’il y avait eu environ un tiers d’abandons, principalement à cause de la chaleur, des coups de chaud et des insolations. Donc forcément, je suis content de ma gestion de l’effort tout au long du week-end.
Honnêtement, je ne pense pas que j’aurais fait beaucoup de choses différemment si c’était à refaire.
Et maintenant, le prochain objectif sera peut-être de tenter un BRM 1000, pour voir ce que ça donne avec deux nuits à gérer sur le vélo.
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